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Pierre Bergé contre La Plume : « Oh putain, un an ! »

3 avril 20164
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Comme je vous l’avais dit il y a cinq jours, j’étais convoqué comme « prévenu » pour une audience de « fixation » à la XVIIème chambre du Tribunal Correctionnel de Paris le 31 mars, suite à la plainte en diffamation contre moi déposée par Pierre Bergé concernant mon article de novembre 2014 sur la réunion de potes Bergé-Lang-Fred Mitterrand à l’Institut du Monde Arabe. Je vous avais à cette occasion promis un compte-rendu de l’audience, le voici donc !

Convoqué pour une audience prévue  à 13 heures 30, je suis arrivé très en avance, mon avocat m’ayant averti que le temps nécessaire pour passer les contrôles de sécurité et entrer dans le Palais de justice pouvait être parfois très long. C’est donc à midi pétant que je me présentais devant le premier portique de sécurité. Pour éviter les tracasseries intempestives et ne pas irriter les pandores, j’avais décidé de laisser à la maison la Kalachnikov, le coup de poing américain et l’exemplaire de Mein Kampf qui d’ordinaire ne me quittent jamais (comme tout blogueur « nauséabond » qui se respecte, CQFD). Est-ce à cause de ce geste de bonne volonté ? Le fait est que je passais les contrôles comme une fleur, et me retrouvais devant la porte – fermée – de la XVIIème chambre avec plus d’une heure quinze d’avance. Après avoir admiré l’architecture du Palais de justice pendant un petit quart d’heure en faisant les cent pas, je posais mon séant sur l’un des bancs du plateau et me plongeais dans une bonne lecture (si j’avais laissé le livre programmatique de mon « héros historique préféré », j’avais amené un bouquin presque aussi sulfureux – même prudent, je reste ignoble – avec moi : le Vladimir Bonaparte Poutine de Yannick Jaffré (Editions Perspectives Libres). Un livre absolument épatant que je recommande vivement à tous les malpensants qui liront ces lignes, qui me permit de « tuer » le temps assez aisément en attendant l’arrivée de mon avocat et l’ouverture de la séance.

A 13 heures 20, un puis deux, puis quatre, puis dix, etc. avocats commencèrent à arriver, les uns en robe, les autres en jeans et blousons de motards. Demoiselles, jeunes ou moins jeunes messieurs, l’essaim ne cessait de gonfler, me confirmant que la séance allait bien traiter comme je l’avais imaginé de plusieurs affaires à la suite. David Dassa-Le Deist, mon avocat, rompu à cet exercice, arrivait finalement parmi les derniers, me laissant un petit moment, je dois le confesser, dans une certaine inquiétude… pardon maître, mais pour moi, c’était une grande première !

A 13 heures 30, nous entrions enfin dans la salle, plusieurs avocats (dont le mien) s’habillant dans l’enceinte judiciaire même, sous mes yeux je dois le dire d’abord incrédules et finalement amusés. Question solennité, vous avouerez que cela ne le fait pas vraiment ! Mais cette ambiance assez bon enfant détendit plutôt  l’atmosphère, ce qui n’était finalement pas du luxe. Avec un peu de retard, la Juge et ses assesseurs arrivaient à leur tour, et la dizaine d’affaires devant être évoquées durant la séance pouvaient commencer à être traitées.

La première, une demande de report finalement rejetée par la Cour, concernait la célébrissime affaire Leclere-Taubira (vous savez, celle de la photo du bébé Orang-Outan). La seconde, en l’absence du prévenu, confirmait une peine de prison avec sursis pour un quidam au patronyme pas vraiment « de souche » ayant « insulté et menacé de mort » via internet Jean-Luc Romero… moi qui avait osé déplaire au tout-puissant Pierre Bergé en relayant (deux ans après sa parution) un article de VSD le mettant en cause, j’étais de toute évidence bien à ma place dans ce panel de tristes sires crypto-fascistes du web menaçant gravement la République !

Mon affaire fut appelée en troisième. Après avoir demandé à mon avocat si j’étais dans la salle, la juge me fit décliner mes identité, date de naissance et adresse, puis me demanda si je reconnaissais être l’auteur des propos poursuivis en diffamation par la partie adverse, ce que je fis bien entendu. Elle me demanda ensuite si j’avais l’intention d’assister à l’audience sur le fond (le jugement), ce que je confirmais tout aussi volontiers. Après avoir demandé aux avocats des deux parties (l’avocat de Pierre Bergé – maître Pierrat – n’avait pas daigné se déplacer et avait envoyé l’un de ses seconds) le temps qu’ils estimaient nécessaire pour développer leurs plaidoiries (une trentaine de minutes pour les deux avocats), la juge consultait l’agenda de la XVIIème chambre et fixait l’audience sur le fond à… mars 2017 ! « Oh putain, un an » (comme aurait dit le Chirac des Guignols) à vivre encore avec « ça » au dessus de la tête ! Non content de me pourrir la vie depuis un an justement, de m’avoir gâché mon anniversaire cette année (je suis né un 25 mars) avec cette convocation le 31, l’affaire « Pierre Bergé contre La Plume » va peut-être aussi me foutre en l’air mon anniversaire de 2017 ! A moins que le jugement reconnaisse finalement ma bonne foi dans cette histoire, et me fasse du coup un cadeau tout de même espéré ? Enfin, un cadeau…

Depuis cette plainte en diffamation, alors que je n’avais en vingt ans d’informatique jamais eu le moindre pépin, que La Plume à Gratter existe depuis près de cinq ans et que je ne suis pas le plus imprudent qui soit en matière de sécurité pour mes ordinateurs (je suis largement équipé en matière d’antivirus anti malware, anti spyware, etc.), j’ai étrangement subi deux attaques de hackers, l’une au début de l’été 2015, l’autre en automne de la même année. Etonnant, non ?

Deux attaques dont un fidèle lecteur québécois de La Plume, informaticien de son état, qui m’a aidé à distance à réparer les dégâts (Merci Karim !), m’a confirmé qu’elles avaient été perpétrées par des « pros », et qui m’ont contraint à des frais importants pour permettre à La Plume de continuer malgré tout à exister : c’est ainsi un ordinateur portable et deux disques durs de données qui ont au final fini à la poubelle (mon ordinateur de bureau, lui aussi attaqué, a pu au final être sauvé), sans compter les près de 900 euros de « clinique » que m’a coûté la récupération (par des professionnels) de l’essentiels des données du disque dur du-dit portable. Parmi les joyeusetés des attaques subies, la disparition de dossiers entiers, la perte définitive de tous mes courriels et contacts dans Outlook, l’attribution « lecture seule » de milliers d’images plus modifiables ou copiables, ou le changement de nom de l’intégralité de mes fichiers Word et Excell (le fichier « mon CV » devenant par exemple « @14gfJ#01b »). Après des heures et des heures de travail, je n’ai pu pour l’instant renommer qu’environ 10% de mes plus de 14 000 fichiers corrompus…

J’avais initialement réussi à « récupérer » mon ancien portable, après des dizaines d’heures de reconfiguration suite à la première attaque : la seconde l’a définitivement plombé, et il m’a fallu au final en acheter un nouveau (je partage mon temps entre Rueil et la Mayenne, j’ai donc absolument  besoin d’un poste de travail mobile à emmener dans ma chère province), plus deux disques durs de données « sécurisés » qui restent « offline » pour éviter une nouvelle catastrophe. Au final près de 2 000 euros de dépenses, correspondant presque intégralement… aux revenus annuels de La Plume à Gratter en 2015 ! 2 000 euros auxquels il va bientôt me falloir ajouter les… 2 000 euros (décidément !) que je vais devoir trouver d’ici 2017 pour me permettre de payer – normalement – mon avocat avant le jugement final… Permettez-moi de vous le dire, ma petite auto-entreprise connaît sacrément la crise, et je vais avoir plus que jamais besoin de vous !

« Oh putain, un an » donc… mais « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », et s’il le faut, si je n’ai pas d’autre choix, et bien La Plume s’en ira au vent mauvais de la persécution judiciaire, je mourrais sur le pont de mon Titanic internet personnel, pas en jouant du violon, mais plutôt de la Grosse Bertha, vous pouvez me croire !

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » (La Boétie) est la citation que j’avais choisi de placer en en-tête de La Plume. Pierre Bergé m’a bien fait mettre un genou à terre, mais il ne parviendra pas à mettre le second « à taire », je vous en fais le serment !

Marc LEROY – La Plume à Gratter

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4 Responses to Pierre Bergé contre La Plume : « Oh putain, un an ! »

  1. Popeye le 4 avril 2016 à 22 h 26 min

    Rassurez-vous, la diffamation n’est pas punie de prison. C’est mon avocat qui me l’a dit. Je vous souhaite d’être relaxé comme je l’ai été. Si Pierre Berge veut simplement vous embêter, il pourra se désister jusqu’à 48 heures avant l’audience. Je le sais, puisqu’en attendant ma comparution, les avocats d’un blogueur poursuiv par le photographe de BHL ferraillaient pour obtenir une poursuite abusive. La substitut du proc était fumasse, comme les juges mais dura Lex sed Lex. On en apprend toujours beaucoup en suivant une audience en attendant son tour….

  2. PR CALGUÈS le 4 avril 2016 à 13 h 23 min

    Cher Marc Leroy,
    un « tout petit » don pour vous aider.
    Courage.
    Et pendant ce temps Panama et ses affaires. L’histoire se répète.
    C’est à crever de rire… jaune !
    Cordialement à vous.

  3. Violette le 4 avril 2016 à 12 h 36 min

    Bonjour M.LEROY
    Bravo pour votre courage, vous êtes resté digne. On est avec vous.

  4. Violette le 4 avril 2016 à 12 h 35 min

    Bonjour M.LRROY
    Bravo pour votre courage, vous êtes resté digne. On est avec vous.

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