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Alep : Le Monde et Le Figaro, ou la propagande jusqu’à l’Allah-lie…

16 décembre 20168
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« Leur photo passera peut-être à la postérité sous le titre des amoureux d’Alep-Est. Lui en jean et blouson, un bonnet sur la tête, la kalachnikov en bandoulière, et le bras passé dans le dos de sa promise ; elle en manteau bleu pétrole, le visage entouré d’un châle noir, incliné sur l’épaule de son protecteur. Le jeune couple, photographié de dos, fait face à un mur en ruine sur lequel un célèbre refrain de la diva libanaise Fayrouz a été tagué : Nous reviendrons, ô amour. Avec en guise de signature, cette date, au goût aigre de la défaite : 15.12.2016 ». Le Monde, 16 décembre 2016.

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« Dans leurs baluchons, ils ont glissé l’essentiel : des vêtements pour l’hiver, parfois un morceau de pierre, celle de leur maison. Avant de monter dans les bus, qui les mènent à l’Ouest d’Alep, ils filment les rues dévastées, embrassent la terre abandonnée. Pour beaucoup, la poésie est un éxutoire (sic), un bouclier de mots contre ceux qui les traitent de “terroristes”. Les mots transcendent la politique… On est loin des messages mortifères laissés par les djihadistes de Daech quand ils fuient les villes perdues. Loin des drapeaux noirs et des pancartes macabres de Jaraboulous ou encore Kobané. Ces pages murales d’Alep, cité icône de la révolution, célèbrent avant tout le sentiment de camaraderie, d’entraide et de solidarité qui s’est forgé sous les bombes ». Le Figaro, 16 décembre 2016.

Je n’invente rien. Les deux extraits ci-dessus, véritables résumés des articles dont ils sont issus, proviennent de deux journaux dits « de référence » dans le paysage de la presse française : l’un – Le Monde – ouvertement de gauche, l’autre – Le Figaro – prétendument de droite. Ces deux articles pourraient pourtant très aisément être interchangés sans que personne ne puisse jamais relever la manœuvre, tant leur con(très)tenu est semblable, dans la propagande sans limites, dans l’aveuglement dogmatique volontaire, dans la grandiloquence et l’empathie à l’égard des derniers « rebelles » d’Alep-Est. Je le répète : ces extraits ne sont nullement caricaturaux, le reste de ces deux textes étant rigoureusement du même tonneau. Il suffira d’ailleurs au lecteur incrédule d’aller le constater par lui-même ici : Dans les larmes et le sang, l’adieu des insurgés à Alep (Le Monde), et là : La poésie sur les murs d’Alep comme dernier au revoir (Le Figaro).

Les texans de Fort Alamo, les hébreux de Massada, les Gaulois d’Alésia, Cambronne à Waterloo ? Dépassés dans le sacrifice altruiste, dans le martyre patriotique, enterrés dans les poubelles glorieuses de l’histoire par les islamistes poètes d’Alep-est. Ce sont Le Monde et Le Figaro qui nous le disent, c’est donc dire si c’est sérieux !

Peu importe – et tout le monde… sauf Le Monde le sait – si les derniers « combattants » à quitter les décombres sont les plus radicalisés, les plus vindicatifs et les plus violents des djihadistes qui occupaient la ville depuis quatre ans. Peu importe – en tout cas pour Le Figaro – qu’ils soient pour l’essentiel ces ignobles snipers, le plus souvent même pas syriens d’ailleurs, qui durant des mois, depuis les toits des fameux « hôpitaux détruits » d’Alep comme depuis ceux d’autres bâtiments bombardés par l’aviation russe et syrienne, ont tiré quotidiennement, comme à la fête foraine et pour les tuer ou les blesser par centaines, sur les habitants des quartiers restés pendant tous les combats sous contrôle gouvernemental. Peu importe le témoignage de mère Agnès-Mariam de la Croix (ou ceux de journalistes étrangers qui ont été réellement sur le terrain, nous y reviendrons plus bas) sur la duplicité journalistique occidentale, et plus particulièrement française. Peu importe ces autres témoignages, se multipliant ces derniers jours, de civils enfin évacués des quartiers martyres, faisant état des pires exactions (exécutions sommaires, viols de représailles, confiscations alimentaires et sanitaires, etc.) perpétrées par les Che Guevara islamiques glorifiés par les auteurs de ces deux papiers proprement « lunaires ». Qu’importe pour faire court les faits, si l’on doit préserver la thèse ! Qu’importe le flacon déontologique, pourvu qu’on ait l’ivresse poétique !

Des témoins directs… venus de loin, mais au regard qui porte !

Mais qui sont en vérité (quel drôle de mot dans un billet qui parle de la presse hexagonale !)  les remarquables correspondants de guerre, les Albert Londres du Monde et du Figaro qui, des trémolos dans la plume, la poésie terroriste en étendard et la larme en bandoulière, au péril de leurs vies et afin d’accomplir leur noble mission d’information, nous font ces récits « au plus près » du drame, récits fourmillant de témoignages, citations et  autres détails poétiques et/ou lacrymaux ? Qui donc nous conte les dernières heures dramatiques, enflammées de cette histoire de chevalerie sacrifiée des derniers djihadistes d’Alep ?

Si l’on a la simple curiosité de regarder en tête d’articles les signatures de nos deux ménestrels plumitifs du terrorisme poétique, on a la surprise (mais en est-ce vraiment une en réalité ?) de constater que ceux qui prétendent nous relater au plus près le drame d’un Alep-est tragiquement « tombé sous les bombes d’Assad », voient d’autant plus près qu’ils parlent… de loin : Benjamin Barthe, pour Le Monde, en disserte en effet fort légitimement depuis… Beyrouth. Quant à Delphine Minoui, pour Le Figaro, elle voit tout de ce qu’elle nous raconte… depuis Istanbul ! Reconnaissons à nos deux journalistes « de terrain » d’avoir la vue et l’ouïe qui portent loin, très loin ! De telles capacités visuelles et auditives mériteraient à tout le moins une communication à l’Académie des Sciences  : les performances du corps humain sont un perpétuel sujet d’émerveillement !

Dans mon précédent papier mis en ligne il y a deux jours Bataille d’Alep : quand la presse française passe de la propagande à la saloperie intégrale, J’avais employé à plusieurs reprises le mot « obscène », un mot semblant devenu l’un de ceux – hélas ! – le plus à même de caractériser notre triste époque… vous avouerez qu’aujourd’hui encore, il aurait pu, aurait dû et presque à toutes les lignes, habiller la prose aussi empathique qu’emphatique des articles de Benjamin Barthe et Delphine Minoui…

Je vous quitte pour aller prendre une bonne douche : par les temps qui nous courent et après la lecture de cette propagande jusqu’à l’Allah-lie, de ce « chagrin qui fait pitié » version Barthe et Minoui, ce n’est vraiment pas du luxe !

« Vous voyez pire ? Ben, encore pire ! » Coluche

Marc LEROY – La Plume à Gratter

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8 Responses to Alep : Le Monde et Le Figaro, ou la propagande jusqu’à l’Allah-lie…

  1. trechelaplaine le 20 décembre 2016 à 9 h 09 min

    Injecter du romantisme sur les tueurs ou sur les victimes de son propre camp est une tactique subversive usée jusqu’à la corde mais efficace.
    La question qui reste à mon sens en suspens est de savoir quelle sont les motivations objectives des ces acteurs du « vivre-ensemble » (politiciens, journalistes, « intellectuels », pommés…. ?
    Ignorance, stupidité, haine de soi, complicité, militantisme, prosélytisme…? …

    • marc le 25 décembre 2016 à 11 h 10 min

      « Ignorance, stupidité, haine de soi, complicité, militantisme, prosélytisme »… et si c’était justement tout cela à la fois ?

      Amitiés

  2. Perrine Hubert le 18 décembre 2016 à 17 h 04 min

    Faut-il remercier les journalopes du Monde et du Figaro, respectivement bien au chaud à Beyrouth et à Istanbul – comme vous le soulignez, cher Plumeux – qui ont eu l’audace malsaine d’illustrer leur article par le même cliché (dûment négocié auprès de M. Rami Abdel Rahman, représentant de l’OSDH vivant à Londres ?) néoromantique faisant appel à notre inconscient (ils le pensent) collectif ? Souvenez-vous de la photo du Che, le guerrier héroïque, ou de celle du baiser de l’hôtel de ville de Doisneau, semblent-ils nous dire… La matrice se sert encore une fois du logiciel – qui craque de tous les côtés – pour nous faire avaler la pilule d’une soi-disant douceur de vivre dans un pays en guerre. Delphine Mimouni – la journalope du Figaro – n’en est pas à une incohérence près pour rédiger son article prônant un délirium tremens artistico-guerrier tellement supérieur à la réalité quotidienne du Syrien en temps de guerre : « Comme un pied de nez à la guerre, et aux idéologies de tous bords, ils citent aussi la grande diva libanaise Fairouz, qu’on dit pourtant pro-Assad ». Elle n’en revient pas elle-même, la Mimouni. Il est loin le temps du voyage en Orient de Chateaubriand… Aujourd’hui, on préfère rester chez soi et fantasmer « le sentiment de camaraderie, d’entraide et de solidarité qui s’est forgé sous les bombes ». A ne pas vouloir voir le nez au milieu de la figure, on se risque à drôlement souffrir en cas de coup de pied au c…

    • marc le 25 décembre 2016 à 11 h 09 min

      Ma chère Perrine,

      merci de ce fort judicieux complément à mon billet de mauvaise humeur. Un Doisneau dans le c… serais-je tenté d’écrire, un « baisé de l’hôtel débile ». Les djihadistes sont donc des fans de Fairouz… quant à Chateaubriand, je vous trouve bien sévère, pour ne pas dire nauséabonde : auriez-vos oublié que, comme nous l’a dit Francis Huster, le nouveau est sans doute entré en France dans un lot de migrants ?

      Bises

  3. Christophe le 17 décembre 2016 à 15 h 34 min

    Bonjour Marc

    Que voulez vous ! ? La classe jacquassante va avoir du mal à faire le deuil de nos « chers » égorgeurs modérés. « Chers » est le mot puisqu’il sont payés et armés avec notre argent ! Quant au lyrisme d’un BHL ou d’un Glucksmann, soyez sûr que ni leur conscience, ni la honte ne les tourmentera ! Pour ces propagandistes la fin justifiera toujours tous les moyens, même les plus dégueulasses ! Dans cette guerre d’agression contre la Syrie qui n’a jamais été une révolution ni même une guerre syrienne, le grand mensonge sera, à n’en pas douter, entretenu, défendu, envers et contre tout. Tôt ou tard, plaise à Dieu, l’Occident paiera pour ses crimes. Mais si l’on finit toujours par avoir ce que l’on mérite, c’est bien souvent la population qui paye les fautes de ses élites !

    • marc le 25 décembre 2016 à 11 h 03 min

      Oui Christophe, votre commentaire a – hélas !- été vérifié une nouvelle fois : la population de Berlin, comme hier celle de Nice ou de Paris, a payé les fautes de ses « élites ». Et ce n’est malheureusement sans dote qu’un début…

      Amitiés

  4. Pequod le 16 décembre 2016 à 19 h 51 min

    Cher Marc,
    Djihadisme,émotion et poésie,de quoi fendre un coeur de pierre!Cela me rappelle une séquence d’ « Asterix chez les Goths » :des Goths sont en embuscade pour enlever le druide qui accomplit des prodiges et fait surgir des massifs de fleurs; un Goth se dresse et applaudit au grand dam de ses compagnons,sa réponse fuse : « Ben quoi,on peut être Barbare et aimer les fleurs! » (je cite de mémoire).

    Mais à bien réfléchir, cette photo et les commentaires lacrymaux qui l’accompagnent me paraissent peu idéologiquement corrects; enfin quoi ! Ces médias d’habitude si « LGBT friendly », si prompts à dénoncer les « stéréotypes genrés », se pâment devant l’image d’un couple homme/femme, fait aggravant, l’homme a un geste tendre et protecteur (il ne manque que le bébé dans les bras de la femme) ! Où sont les réactions indignées des féministes de combat (Fourest,Touraine,Autain…) ?

    Mais que ces journaleux se rassurent, les gentils djihadistes ne reviendront peut-être pas à Alep, mais beaucoup reviendront… en Europe et en France par la même occasion ! On connaît leur goût pour « l’événementiel », ils nous régaleront de récitals de poésie (versets coraniques) et de « spectacles vivants pyrotechniques ».

    A moins que Madame Najat Vallaud Belkacem et Madame Dounia Bouzar ne créent des collèges de la énième chance classés en ZPD (Zone Prioritaire de Déradicalisation)dans lesquels ils troqueront leur idéologie islamiste contre l’idéologie du genre (qui n’existe pas selon NVB); au moins, à la sortie, ils ne songeront plus à poser des bombes pour tuer des infidèles mais ils en poseront pour imposer la GPA, la PMA et les toilettes transgenre, ce qui, on en conviendra, relèvera d’une démarche citoyenne dans le sens du Progrès de l’Humanité.

    Amitiés

    • marc le 25 décembre 2016 à 11 h 00 min

      Le premier « évènementiel » a en effet eu lieu à Berlin… la poésie des fous d’Allah est encore et toujours parmi nous, mais par pitié, pas d’amalgame !

      Amitiés

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