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1 067 voitures brûlées. C’est bien, on est content ! Par Gabrielle Cluzel

6 janvier 20140
1 067 voitures brûlées. C’est bien, on est content ! Par Gabrielle Cluzel 5.00/5 1 votes

Publié le : 03 janvier 2014

Source : bvoltaire.fr

Manuel Valls s’est félicité mercredi soir de la baisse « significative » de 10,6 % du nombre de véhicules brûlés la nuit de la Saint-Sylvestre. Non, c’est bien, on est content. Comme les 1067 propriétaires malheureux qui, en même temps, n’avaient qu’à louer un garage pour leur chignole et qui se réjouissent sûrement, dans leur grandeur d’âme, pour la centaine de compatriotes épargnés grâce aux 53.000 policiers et gendarmes déployés avec leurs impôts.

Bien sûr, quelques pisse-froid sarcastiques, n’aimant rien tant que gâcher la joie des autres, vont se demander si le comptage a été fait façon Manif pour Tous. Ou bien encore façon journal Ouest-France, dont le numéro de mercredi titre « Saint-Sylvestre à Cholet. Une voiture brûlée », mais, par un scrupule qui honore le journal, précise en fin d’article que la « propagation du feu a par ailleurs endommagé trois autres véhicules stationnées à proximité ». Comme si, pour un feu de forêt, on ne comptait que le premier pin sous lequel le pyromane a fait craquer l’allumette. Sûr qu’avec un tel niveau d’alerte, le Canadair n’est pas près de mettre les gaz.

Mais non, c’est bien, on est content. Comme le sont sûrement aussi les familles des poignardés de Dannemarie, de Grenoble et de Paris. N’ont plus de père, fils, frère, neveu mais, grâce à Valls, il leur reste leur bagnole. Pour suivre le corbillard, c’est appréciable. Doivent aussi trouver, comme on le lit ici et là dans la presse, que la nuit de la Saint-Sylvestre a été « plutôt calme ». C’est beau, la langue française. Tout ce que l’on peut arriver à fourrer en tassant bien et en tirant fort sur la fermeture Éclair dans un mot comme « plutôt ». Les voitures brûlées sont devenues le mètre étalon, l’échelle de Richter de la violence urbaine, mais un homme poignardé, cela vaut combien de bagnoles brûlées, au change de la délinquance ?

De l’homicide de Grenoble, on sait peu de choses. De celui de Paris, au Trocadéro, on sait que la victime est un jeune homme de 21 ans qui a voulu récupérer le sac volé à sa compagne. Poignardé en plein cœur et mort sur le coup. À Dannemarie, en Alsace, la victime est un père de famille qui, lui aussi, lit-on, a voulu défendre une jeune fille qu’un groupe de jeunes importunait. Le maire de Dannemarie, qui doit trouver que cela tombe sacrément mal à quelques semaines des municipales, parle d’une « bête discussion qui a mal tourné », ah oui, c’est bête, d’une « friction entre jeunes » qui a dégénéré, ça, quand on se frictionne trop fort, c’est dangereux. Pendant quatre heures, les secours ont tenté de ranimer le quadragénaire. Ils ont voulu l’héliporter jusqu’à l’hôpital de Mulhouse mais l’homme est décédé pendant le transfert. Sa femme et sa fille de 12 ans, profondément choquées, ont été transportées à l’hôpital. Le SAMU alsacien a sûrement trouvé lui aussi que cette nuit de réveillon était « plutôt » calme. Et preuve est désormais faite que, pour qui tient à arriver jusqu’en 2015, il reste quand même 364 jours à tenir ; mieux vaut laisser les jeunes filles dans la mouise se démerder toutes seules.

Non, on est bien content. Mais un peu inquiet quand même. Car cela ne nous dit rien du plus grave. De ces délits impossibles à compter, dans le huis clos du salon familial, entre chapeaux pointus et langues de belle-mère. Oui, tout cela ne nous dit rien du nombre de quenelles. Commises comme ça, pour faire ricaner le beau-frère, comme l’on montre ses fesses après plusieurs bouteilles dans le pif. Et là, pour une baisse « significative » en 2015, pas sûr que Valls ait pris la bonne méthode.

Gabrielle Cluzel

 

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