Economie

Grèce : dernières nouvelles d’une tragédie… Par Jacques Sapir

11 décembre 20120
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Publié le : 08 décembre 2012

Source : russeurope.hypotheses.org

La situation de la Grèce ne cesse de se détériorer. Alors que le pays est sous perfusion de la part de l’Union Européenne et du FMI, la situation sociale ne cesse de se dégrader. On l’avait signalé dans une note récente. Les statistiques récemment publiées le confirment. L’austérité équivaut au massacre d’une partie de la population, en particulier les personnes les plus exposées comme les plus de 60 ans mais aussi les enfants en bas âge.

Alors que la production continue de s’effondrer, ce qui entraîne un effondrement des impôts comme la TVA, le revenu de cette dernière baissant de 12% d’octobre 2011 à octobre 20121. On voit le chômage véritablement exploser (Chômage-Grèce) et avec lui les revenus réels de la population se contracter très rapidement. Le chômage atteignait, en septembre 2012, 26% de la population active et, au rythme de progression actuel, il devrait atteindre les 33% dans le cours de 2013.

Graphique 1

Sources : ELSTAT, Labour Force Survey, septembre 2012, publié le 6 décembre 2012.
URL : http//www.statistics.gr

Il est particulièrement significatif que le chômage des jeunes (moins de 25 ans) explose littéralement. Dépassant les 55%, il a une signification particulière en ce sens qu’il traduit dans les faits l’absence d’espoir pour une génération entière de jeunes grecs. La dimension psychologique du phénomène devient ici décisive, quand la partie la plus jeune de la population perd tout espoir dans l’avenir.

Graphique 2

 

Sources : ELSTAT, Labour Force Survey, septembre 2012, publié le 6 décembre 2012.
URL : http//www.statistics.gr

Dans ce désastre, on peut constater des différences régionales significatives. Le taux de chômage est significativement plus faible dans les îles de mer Égée et en Crète (22,5 % et 20,0% respectivement), mais nettement plus élevé dans l’Attique (la région athénienne) et en Épire (27,6% et 28,0 % respectivement). Cependant, dans le cas de la Crète, il y a clairement une dimension saisonnière, liée au tourisme. Le taux de chômage était fortement monté jusqu’en avril, pour redescendre ensuite, avec le début de la saison touristique.

Graphique 3

Sources : ELSTAT, Labour Force Survey, septembre 2012, publié le 6 décembre 2012.
URL : http//www.statistics.gr

Tout ceci a un impact considérable sur la consommation des ménages, que l’on va examiner à partir des données en volumes (pour éviter un effet d’inflation) du commerce de détail. Sur un an (de septembre à septembre) la chute du commerce de détail est très importante. La période incluant la saison touristique (mai à septembre), on peut penser que cette contraction a été encore plus forte pour la population grecque. De manière assez logique, la chute du volume des ventes est la plus importante pour les biens « non-alimentaires, hors carburant ». Elle reste cependant spectaculaire pour les biens alimentaires (-9,2%).

Graphique 4

Sources : ELSTAT, Turnover Index in Retail Trade, septembre 2012, publié le 30 novembre 2012.
URL : http//www.statistics.gr

L’effondrement du commerce de détail sur un an doit cependant être analysé du point de vue du développement du troc et des réseaux de monnaies locales. Il est ainsi probable que la baisse effective de la consommation alimentaire a été dans la réalité moins importante car les produits alimentaires constituent la première base du troc. Mais, même si elle a été inférieure au -9,2% des chiffres officiels, cette baisse de la consommation alimentaire reste très significative. Il faudrait disposer de données plus détaillées par produit. On peut cependant penser que ce sont les produits dits « nobles » dont la consommation a le plus chuté. De plus, ces chiffres sont des moyennes. Si l’on considère le médian inférieur de la population (les 50% dont le revenu est en dessous de la moyenne), la chute de la consommation alimentaire a certainement été plus importante que ce qu’en disent les chiffres moyens. Globalement, tous les indicateurs convergent pour dresser un tableau réellement dramatique de la situation de la population grecque. Les indications témoignant d’une résurgence de maladies comme la malaria, le paludisme et la tuberculose. Un certain nombre de maladies graves (les cancers notamment, mais aussi les diabètes) ne sont plus soignées dans le système public2.

Si le développement du troc et des monnaies parallèles est un instrument de résilience face à une dégradation très rapide de la situation économique, comme cela avait été le cas en Russie, il ne peut empêcher cette dégradation. Le taux de mortalité va, très certainement, fortement augmenter dans les mois et les années qui viennent, comme on avait pu le constater en Russie au début de la transition dans les années 1990.

La dégradation de la situation est désormais telle que l’on peut douter que la Grèce, en l’état, atteindra l’été prochain. Il est certainement impossible qu’elle attende 2015 pour une hypothétique annulation, même partielle, de sa dette. Les problèmes de fond, qui ont été mis sous le boisseau très provisoirement, réapparaîtront dans toutes leurs forces au printemps 2013.


  1. ELSTAT, Press release, Quarterly National Accounts, publié le 7 décembre 2012, URL : http//www.statistics.gr
  2. Grèce : hopitaux à l’agonie, CareVox, 6 décembre 2012,  URL : http://www.carevox.fr/medicaments-soins/article/grece-hopitaux-a-l-agonie-medecins
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