Société France

Mademoiselle reléguée aux poubelles de la langue française par la bien-pensance

23 février 20122
Mademoiselle reléguée aux poubelles de la langue française par la bien-pensance 4.71/5 14 votes

Cela est presque passé inaperçu, dans le brouhaha futile de la campagne des présidentielles, les soubresauts de la crise économique mondiale ou la mise à mort à petit feu de la Grèce sur l’autel de la doxa économique européenne… La Plume à Gratter estime donc nécessaire de revenir sur un événement capital de la vie politique française qui vient juste d’avoir lieu.

S’agirait-il de l’adoption -imminente et dans la quasi clandestinité- grâce à un UMP sacrifiant les dernières bribes de souveraineté nationale et un Parti Socialiste faux-cul jusqu’au pathétique (les députés PS vont s’abstenir) du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) ? Que nenni ! Billevesées que tout cela !

Non, mes chères sœurs et sœurs -soyons féministes jusqu’au bout- de notre beau pays de France, quittons l’écume médiatique pour aller à l’essentiel ! Car je parle bien de la décision historique du gouvernement français, sous l’impulsion de l’incontournable Roselyne Bachelot -toujours prête à devancer l’appel lorsqu’il s’agit de se vautrer dans le grotesque- de supprimer la case « mademoiselle » ainsi que les mentions « nom d’épouse » et « nom de jeune fille » de tous les formulaires administratifs français.

 

Enfin le gouvernement français ose l’audace !

Cette revendication, dont tout le monde aura saisi le caractère urgentissime et remarquablement subversif, avait été portée haut et fort depuis quelques mois par les associations féministes Les Chiennes de Garde et Osez le Féminisme.

Après le divorce, le droit de vote, l’avortement libre et remboursé, la parité politique (pas du tout respectée, mais cela est beaucoup moins grave), un nouveau pan de la société machiste, une autre ignominie sexiste et ancestrale tombe : la case mademoiselle disparaît enfin de nos documents administratifs ! Peut-on seulement imaginer les traumatismes inguérissables, les humiliations insoutenables que ce qualificatif infâmant a pu provoquer chez les pauvres victimes qui eurent à le subir ?

« Il n’y pas de raison qu’il y ait deux civilités pour les femmes, qui diviseraient les femmes en deux catégories : celles qui seraient mariées et celles qui ne le seraient pas », déclare notamment Julie Muret, d’Osez le Féminisme. « Notre campagne vise à supprimer complètement cette appellation qui est sexiste, puisque ça ne concerne que les femmes. Et qui est assez condescendante, puisque mademoiselle, ça veut dire pucelle. Ça renvoie vraiment aux jeunes filles, aux femmes à marier. C’est assez révélateur d’un traitement différencié entre les hommes et les femmes et d’une inégalité qui persiste ».

… Que dire après avoir lu « ça » ? Comment argumenter face à un tel niveau de bêtise ? Comment gravir sans être pétrifié par le vertige un tel Himalaya de connerie ?

Diviser les « femmes en deux catégories : celles qui seraient mariées et celles qui ne le seraient pas »… Effectivement, on frôle l’immonde !

Attardons-nous un peu plus sur la fulgurante pertinence de ce qui suit : « … cette appellation qui est sexiste, puisque ça ne concerne que les femmes ». Si, si, vous avez bien lu, et j’insiste : « …sexiste, puisque ça ne concerne que les femmes »…

Sont  donc sexistes, et entre autres,  selon « Madame » Muret :

les seins (petits ou gros), l’utérus, le vagin , le clitoris et le mont de Vénus (version tablier de sapeur ou épilé façon bonze tibétain)… Les menstruations (même discrètes), les serviettes hygiéniques, les tampons, la maternité (même voulue), le planning familial, l’avortement (même thérapeutique), l’accouchement, la césarienne, la péridurale… Le vernis à ongle (même incolore), le rouge à lèvres, le soutien-gorge (bonnets A ou DDD), les petites culottes (même XL), le maillot de bain une pièce (coton ou lycra), les bas (même hauts), les jupes (même basses), les robes, les tutus des danseuses classiques, les sacs à main (même de ma sœur), j’en passe et des meilleures …

Mais aussi, et après tout, le sport féminin dans son ensemble qui, par définition, et si l’on applique la jurisprudence Muret, ne « concerne que les femmes ». La vraie égalité nécessite donc des compétitions mixtes dans toutes les disciplines, avec les résultats que l’on imagine : un match de tennis Wosniacki – Nadal, un combat de judo Lucie Décosse – Teddy Riner ou un tour de France avec un duel Longo – Armstrong, voilà qui serait un vrai pas en avant dans la modernité et l’égalité, servant pour le coup réellement la cause des femmes !

On continue ?

« Mademoiselle, ça veut dire pucelle »… Ah, elle est gratinée, la Muret ! Passons sur la définition ultra-restrictive (voir fiche Wikipedia) de cette suffragette complètement à l’ouest. Pour notre abrutie « gynocentrée », ce qui est avant tout une formule de politesse et une subtilité de vocabulaire dont notre chère langue française a toujours eu le secret, devient une insulte sexiste !

Grace aux Chiennes de Garde et à Osez le Féminisme, il y aura donc désormais et obligatoirement sur nos documents administratifs des « madame » de 12, 14 ou 17 ans… Aveuglante victoire de l’intelligence sur l’obscurantisme machiste, sans doute… Nos féministes ont toujours su relever les vrais défis !

 

Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

Mais allons donc plus loin, et pourchassons également de notre opprobre ces mufles machistes qui tiennent la porte ou cèdent une place assise dans le métro aux heures d’affluence. Ces brutes sexistes qui offrent des fleurs, ou invitent au restaurant. Ces beaufs qui défendent la veuve (on leur laisse l’orphelin), ces goujats qui s’interdisent de frapper une femme, ces hommes des cavernes qui ne dansent qu’avec des dames, et ceux qui comme Brassens ne « baisent qu’avec une personne du sexe opposé »… Autant de comportements infiniment coupables, car comme nous le dit Madame Muret, révélateurs « d’un traitement différencié entre les hommes et les femmes ».

Car tout est là en effet : ce qui hérisse le poil de ces bécasses hystériques d’un féminisme totalement dévoyé, c’est la constatation d’une « différence » existante entre les deux sexes. Là est l’inadmissible, l’odieux, l’insupportable !

Grâce à toutes les Isabelle Alonso, Julie Muret et autres Roselyne Bachelot, allons donc en souriant vers une société de l’indifférenciation absolue, où les sexes ne seront plus qu’un -très- mauvais souvenir.

Je propose d’ailleurs de profiter de cet élan salutaire qui nous porte, de ce grand pas pour l’humanité que nous venons de faire, pour se débarrasser dans la foulée des termes « Madame » et « Monsieur » : il me paraît évident qu’un « Mondame » ou un « Masieur » enfin unisexe s’impose. Le monde s’en portera beaucoup mieux, non ?

 

 

 ML – La Plume à Gratter

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2 Responses to Mademoiselle reléguée aux poubelles de la langue française par la bien-pensance

  1. Poilagratter le 9 mai 2012 à 19 h 23 min

    J’adore votre article, je pense qu’après ça, tout est dit et bien résumé à propos des féministes. Elles n’ont vraisemblablement pas compris qu’elles font le jeu d’une politique qui tend à tout uniformiser pour nous faire perdre nos personnalités tout en nous rendant individualistes (disparition de la famille, éducation standardisée qui commence dans les crèches…bref un vrai troupeau de moutons…). Parce ce que ce qu’elles oublient les pauvres chéries, c’est que les premiers mouvements féministes ont été lancés et financés par la fondation Rockefeller pour mettre les femmes au travail, permettant ainsi de multiplier par deux les revenus d’impôts, la consommation… Attention, je ne dis pas que les femmes ne doivent pas travailler, mais il est bon aussi de pouvoir s’occuper de son foyer. Je ne suis pas adepte acharnée non plus des talons hauts, mais ça me donne envie d’en mettre quand je lis les propos qu’elles tiennent.
    Merci en tout cas pour vos articles

    • marc le 9 mai 2012 à 23 h 03 min

      Ma chère « Poilagratter »

      j’ai eu un vif plaisir à vous voir inaugurer le fil de cet article. La Plume à Gratter est un tout jeune site, encore très confidentiel que je vais essayer de faire connaître dans les mois qui viennent, vos compliments sont autant d’encouragements qui me vont droit au coeur. J’espère que vous aurez envie de vous y promener, je pense qu’il y a déjà des choses à y découvrir qui méritent le détour. J’essayerai dans les semaines et mois qui viennent de le rendre de plus en plus réactif et riche.

      J’espère que nous vivons le début d’une belle complicité entre La Plume et le « poil »!
      amitiés

      Ml – La Plume à Gratter

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