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Du proxénétisme à la franc-maçonnerie : le réseau DSK, rouages d’un système hors d’atteinte – Par Galil Agar

5 mars 20150
Du proxénétisme à la franc-maçonnerie : le réseau DSK, rouages d’un système hors d’atteinte – Par Galil Agar 5.00/5 3 votes

Publié le : 02 mars 2015

Source :  cercledesvolontaires.fr

Les audiences frénétiques du procès « du Carlton » se sont achevées au crépuscule du 20 février dernier. Les journalistes TV, obsédés par la traque aux images du maître de cérémonie Strauss Kahn, ont fâcheusement omis de mentionner un point structurel du réseau DSK, pourtant maintes fois soulevé par les juges. En effet, les juges ont instamment souligné la place essentielle que tenait leurs allégeances maçonniques dans les relations qu’entretenaient messieurs René Kojfer, André Orsini et Eric Vanlerberghe. A ces trois « frères » dont les allégeances furent mentionnées dès 2011, viennent s’ajouter les collaborations de Jean-Christophe Lagarde, Emmanuel Riglaire, Francis Henrion et Fabrice Paszkowski, également francs-maçons. Un point de détail s’étant malencontreusement évaporé des comptes-rendus livrés quasi quotidiennement durant trois semaines par les canaux hertziens et les chaînes d’information en continu.

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Médaille de la loge lilloise « Les amis réunis » assortie de la devise « constantia meruere lumen », par la constance, ils ont mérité la lumière. Le verso de la médaille représente trois « frères »: Kojfer, Henrion et Riglaire ?

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Dans une ordonnance datée de fin 2011, les trois juges d’instruction en charge de l’affaire évoquaient déjà des « réseaux francs-maçons, libertins et politiques » . De fait, on peut s’étonner que 6 des 14 prévenus aient été des « frères » d’une loge ou d’une autre, dont 4 du Grand Orient de France (GODF). J’ai nommé René Kojfer, 72 ans, ex-responsable des relations publiques de l’hôtel, soupçonné d’avoir organisé les rencontres entre clients et prostituées; Emmanuel Riglaire, 46 ans, avocat pénaliste « réputé« , ténor du barreau lillois, mis en examen le 13 octobre 2011 après que son nom ait été mentionné au cours des auditions des « escort girls« ; Francis Henrion, 48 ans, ancien directeur de l’hôtel, « étoile montante de la place lilloise » ; puis David Roquet, 46 ans, membre d’une filiale de la multinationale du BTP Eiffage. Pour ne rien ôter au piquant de l’affaire, rappelons le nom de la loge lilloise dans laquelle sévissaient les trois premiers : « les Amis réunis » . Pour un peu, on aurait envie de la rebaptiser « les copains d’abord » , tant ces « gens de Sodome et Gomorrhe » nous rappellent la ritournelle de Georges Brassens. On s’amusera que la devise inscrite sur la médaille de la loge en question soit constantia meruere lumen :  par la constance ils ont mérité la lumière. Ironie de l’histoire, c’est leur inconstance qui aura valu à ces trois frères de se retrouver sous le feu des projecteurs. Un autre document présente la Loge « sous les auspices de la probité et de la vertu » … encore raté. Guy Arcizet, « grand maître » du GODF à l’époque de la révélation de l’affaire, ne demandait pas à être ébloui par tant de lumières. Aussi a-t-il « suspendu » d’emblée les frères concernés. La fraternité a ses limites, que l’inconstance ignore. Inquiet que les projecteurs ne glissent progressivement des frères concernés vers les pratiques du Grand Orient, le grand maître Arcizet a pris soin de couper les ponts qui pouvaient mener de l’hôtel sulfureux jusqu’aux pratiques du Temple. « Quand on donne prises avec des comportements de ce type, on est coupable au même titre que les prêtres pédophiles dans l’Eglise. Le scandale rejaillit sur toute l’institution », avait-il confié à La Voix du Nord. Toujours prompt à faire des leçons de « morale laïque » aux institutions religieuses sur un ton condescendant, il semblerait que le Grand Orient en soit pour ses frais.

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David Roquet, membre de la loge Thémis de Cambrai,  travaillait pour une filiale du groupe Eiffage. Fabrice Paszkowski, membre de la GLTSO, travaillait pour le groupe Médicalis. Ils ont financé les parties fines de DSK.

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Ceci dit, restons magnanimes, et attribuons aux autres obédiences les palmes qui leur reviennent dans cette affaire. Si les querelles de clochers sont récurrentes à la tête des différentes grandes loges, leurs sympathisants du Carlton militaient à leur manière pour une forme d’oecuménisme ma foi bien singulière. Ainsi, David Roquet, bâtisseur libertin responsable d’une filiale du plus grand groupe de bétonnage au monde (Eiffage, prince des pollueurs), accessoirement membre de la loge Thémis de Cambrai (la ville des bêtises …), cofinança gracieusement avec Fabrice Paszkowski, membre de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opera (GLTSO) et cadre de la société médico-industrielle Medicalis, l’organisation des parties fines de DSK à Washinton DC, Bruxelles et Paris. On est comme ça dans la maçonnerie, on a le coeur sur la main, c’est tout naturellement qu’on s’improvise entrepreneur en insalubrité publique. On oeuvre à l’émancipation de la femme, et pour ne pas la réduire à son genre, on préfère parler pudiquement de « matériel ». Ca sert à tout le « matériel ». Quand ça n’est plus bon pour les parties fines, ça peut toujours servir à la Gestation Pour Autrui. David Roquet n’est pas un amateur en matière de sauteries, puisqu’il soutient que le groupe Eiffage pour qui il travaillait organisait chaque année, à l’occasion du congrès des maires de France, une soirée privée durant laquelle les élus de la république étaient allègrement « divertis » aux frais des cadres de l’entreprise … Dans la maçonnerie, on est bon joueur aussi. On invite les copains des loges plus en vue, comme Jean-Christophe Lagarde, commissaire divisionnaire en charge de la sûreté de Lille et membre de la Grande Loge De France (GLDF) à venir participer aux festivités. On est solidaire … Aussi Kojfer trouva-t-il un logement pour son nouvel ami Lagarde quand ce dernier débarqua sur Lille, avant de lui donner droit de passage aux « tenues » de sa propre loge et droit de cuissage avec les « filles » de son ami proxénète Dominique Alderweireled, « Dodo la Saumure » pour les intimes. Ce sont les mêmes jeunes femmes qui furent sommées de satisfaire l’appétit Strauss-Kahnien de Bruxelles à Washington.

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Le véritable pivot de « l’affaire DSK », René Kojfer, a été tour à tour membre des loges maçonniques « Thémis » de Cambrai, « Merlin » de Douai et « Les Amis réunis » de Lille.

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Si de l’aveu de Guy Arcizet, les parents de l’ex-prévenu étaient francs-maçons, l’ogre de Washington n’a pour sa part jamais été initié. Strauss-Kahn et Hervé Franchois, ancien propriétaire du Carlton, étaient les deux seuls profanes dans la brochette des six mis en examen. « Les membres des Amis réunis ont pleuré en lisant dans la presse que leur loge était un repaire de libertins » a confié un initié à François Koch (1).  Sans tomber dans les pièges de l’ « antimaçonnisme primaire » comme dit Monsieur Koch, on est en droit de s’interroger sur la teneur en produits de synthèse de ces larmes de crocodile. Depuis 1981, René Kojfer en effet, était parrainé de longue date par Eric Vanlerberghe, éminent dignitaire de la GODF, membre du Conseil de l’Ordre de 1999 à 2002. Monsieur Vanlerberghe, comme Jean-Chritophe Lagarde ou encore l’ancien grand maître du GODF Alain Bauer, était professionnellement lié au domaine de la « sécurité ». Retraité de la police, il s’est reconverti en détective privé, et s’était tellement lié à Kojfer qu’il avait fini par loger au sein même de l’hôtel Carlton. Il parraina d’abord Kojfer à la loge « Thémis » de Cambrai, avant que celui-ci n’obtienne un « transfert » pour la loge « Merlin » de Douai, puis ne rejoigne finalement « Les amis réunis » de Lille. Kojfer et Vanlerberghe n’étaient pas que de simples camarades, ils étaient également collaborateurs depuis les années 1970, dans le cadre des « enquêtes » menées par Vanlerberghe pour faire tomber des bars à hôtesses. Le rôle de Kojfer consistait à monter avec une hôtesse et à se déshabiller en sa compagnie afin que Vanlerberghe puisse les surprendre nus et constater le flagrant délit … On est en droit de se demander dans quelle mesure monsieur Kojfer a pu voguer de loge en loge malgré ce genre de pratiques, dans la mesure où l’initiation maçonnique est censée requérir une enquête préalable par laquelle le candidat doit se révéler « libre et de bonnes moeurs ». A plus forte raison peut-on donc se demander comment et pourquoi Vanlerberghe a-t-il pu accéder au Conseil de l’Ordre du GODF, si ses membres sont aussi soucieux de l’éthique de leurs frères que l’a prétendu G.Arcizet …

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L’ancien policier Eric Vanlerberghe, porte-parole de la loge « Merlin » de Douai en 2010. Devenu détective privé, il a failli devenir grand maître du GODF en1999. Parrain maçonnique de Kojfer, il a géré la vente de l’hôtel Carlton en 2004.

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A ces quatre premiers membres du GODF entendus par la justice, faut-il encore ajouter le nom de Denis Gumez, ancien patron de la brigade des moeurs de Lille, lui-même parrainé par Kojfer au sein du GODF. Tout ce beau monde serait bien resté dans le secret impénétrable des voies des loges, mais en janvier 2011, des enquêteurs Français accèdent à la requête de leurs homologues Belges qui leur demandent de mettre Kojfer sur écoute, dans le but de coincer le proxénète Alderweireled. Les enquêteurs Français sont alors les auditeurs des étranges conversations que leur homologues tiennent avec leur informateur et parrain René Kojfer. Lors d’un dîner chez le fameux Dodo la Saumure, une proposition téléphonique de l’ex policier et ancien membre du conseil du GODF Vanlerberghe avec un ami prend cette tournure spirituelle: « j’suis avec Kojfer, tu veux une salope ? ». Notons au passage que c’est le même Vanlerberghe qui avertira son « frère » André Orsini (chef de la division à la sous-direction de l’information générale) que Kojfer était « mouillé » dans l’affaire du Carlton, 15 jours avant la diffusion médiatique du dossier. Dans une autre conversation, l’entremetteur Kojfer qualifie une femme de « petit dossier » et s’assure auprès de son « frère » Gumez qu’elle ne soit pas fichée au proxénétisme. Plus étonnant : lorsqu’ils apprennent que Strauss-Kahn s’est fait interpeler à New-York le 15 mai 2011, les deux compères s’interrogent sur les moyens d’en tirer profit en faisant pression sur l’édile et se demandent s’il n’y a pas « un gros coup à toucher ». Rappelons à propos de ces écoutes que l’ancien commissaire lillois Joël Specque a refusé de livrer certains éléments qu’il aurait collectés durant les 8 mois d’investigation ayant précédé à l’enquête officielle, en évoquant le « secret défense » . La presse a longtemps suggéré que ces écoutes auraient pu être exploitées, voire indirectement « commandées » par le gouvernement de l’époque pour faire tomber le futur-ancien candidat à l’élection présidentielle de 2012. Une thèse notamment défendue par la journaliste Vanina Kanban.

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Les écoutes témoignent de contacts entre Kojfer et Frédéric Veaux, n°2 de la DCRI. Ils se connaissent depuis que ce dernier a commencé sa carrière à Lille en 1984.Il lui aurait demandé des informations sur DSK.

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Au-delà de la filière maçonnique, le répertoire téléphonique de Kojfer a révélé de bien curieuses liaisons avec Frédéric Veaux, numéro 2 de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI). Comme le révèlent les écoutes disponibles, le 25 avril 2011, Monsieur Veaux cherche à savoir si son ami Kojfer a fait « des partouzes » avec l’ancien-futur présidentiable DSK. F.Veaux ayant commencé sa carrière en 1984 à Lille, il y rencontra Kojfer, alors responsable de la résidence Politel, établissement réservé aux policiers en mission et propriété de la puissante Mutuelle du Ministère de l’Intérieur dont le président était alors … Eric Vanlerberghe. C’est ce dernier qui, en 2004, aurait décidé de la vente de cet établissement à Hervé Franchois, propriétaire du Carlton qui baptisa l’hôtel « les Deux Tours » (ça ne s’invente pas …). Selon une source du Point, « René Kojfer a été fourni en paquet cadeau aux dirigeants du Carlton lors de la transaction ». Il semble que la cadeau se soit révélé … empoisonné.

Le « Barbe Bleue » du FMI pour sa part, accueillit en son palais de Washington l’ancien inspecteur général (grade le plus élevé de la police) Jean-Claude Ménault, afin que ce dernier le conseille en matière de sécurité dans la perspective de la campagne présidentielle de 2012 qui s’annonçait déjà. Profane, Ménault aurait alors voyagé dans la bonne compagnie des frères Paskowski, Lagarde et Roquet, suivis par deux femmes, d’après lui présentées comme des « secrétaires d’Eiffage », tous frais payés par les deux représentants des entreprises Eiffage et Médicalis.

On peut se demander comment un indic’ sans envergure tel que René Kojfer, vendeur de torchons aux ménagères au porte à porte dans les années 1960,  concierge missionné par la police pour se faire prendre en flagrant délit volontaire de relations tarifées avec des hôtesses dans les années 1970, avant d’être accueilli par les « Amis réunis« , « ami de plus de 45 ans » du proxénète Alderweireld (qui l’appelle désormais « Judas » ), a pu se trouver joint à l’organisation de parties fines comprenant le président du Fonds Monétaire International, dont les décisions dans le cadre de ses fonctions influaient sur le destin de centaines de millions d’individus. Un « pied nickelé, un tocard et un radin » , comme le décrit son propre « frère » et « ami » Vanlerberghe, gérait une partie de la vie sexuelle de l’un des hommes parmi les plus puissants du monde. Il y a quelque chose de balzacien dans cette histoire, quelque chose de l’ « histoire des treize » (1833), liant les arcanes de sociétés (semi) secrètes au fantasme d’un pouvoir sans limite. Balzac lui-même (dont les parents étaient francs-maçons), épris d’occultisme, fonda d’ailleurs son propre cercle ésotérique, qu’il nomma « le cheval rouge », parce qu’il voulait en faire une écurie de talents. L’écurie Strauss-Kahn pour sa part, a plutôt pris les allures d’une porcherie « de lux(ur)e », dans laquelle de piteux étalons sexagénaires se révélaient vieux cochons. On plaint sincèrement les jeunes femmes qui ont dû subir leur violence, leur poids, leurs bruits et leurs odeurs.

Contrairement aux voeux pieux du « grand maître » Arcizet, il semblerait que le frère Kojfer n’en ait pas fini avec la franc-maçonnerie. Ainsi, lorsqu’il se retrouve incarcéré fin 2011, c’est à un aumônier israélite de la GLDF qu’il fait appel. Enfin, c’est à un éditeur membre de la Grande Loge nationale française (GLNF) qu’il se confie lorsqu’il cherche à faire publier ses mémoires : L’homme du Carlton. Il n’y a pas de petits profits … Lorsque ses anciens « frères » cherchent à prendre leurs distances en le décrivant comme un membre peu assidu, l’entrepreneur en « matériel » humain retrouve sa foi dans la Lumière : « C’est faux (…) Je suis un bienfaiteur de la franc-maçonnerie (…) j’ai parrainé de cinq à huit frères en logespour la plupart policiers », note François Koch.

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Selon l’ancien « grand maître » du GODF Alain Bauer, ami intime de Valls, conseiller de l’IICT israélien et ex-conseiller sécurité de Sarkozy, un cadre de police sur dix serait franc-maçon.

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Il est étrange de constater que cette affaire, plutôt que d’engendrer la remise en question et de provoquer le grand ménage nécessaire au sein des institutions concernées, a engendré une campagne médiatique de victimisation, concrétisée par un cycle de conférences contre l’anti-maçonnisme entamé le 28 octobre dernier dans la ville de … Lille. Selon l’Express, un commissaire sur quatre serait franc-maçon. Selon Sophie Coignard, ce ratio monterait à 50% au grade supérieur, chez les contrôleurs généraux. Selon Alain Bauer lui-même (que nous avions interviewé en 2013), près d’un cadre de police sur dix serait affilié à une loge maçonnique. « La maçonnerie impériale a fait en sorte que tous les hauts cadres de l’administration de l’Etat aient eu une sorte d’obligation d’appartenance, un peu comme en Grande-Bretagne » a-t-il expliqué au début du mois de février sur France Info. Une tradition qui semble avoir laissé des traces … et qui incite légitimement à se demander qui protège qui parmi les frères. Si les initiés refusent de se poser sérieusement la question, qu’ils sachent que les citoyens profanes se la poseront pour eux.

Au-delà de son aspect grivois qui peut dans un premier temps prêter à sourire, l’affaire du Carlton et son procès ont révélé au grand jour des ramifications concrètes que les médias de masse, s’ils n’ont pu les dissimuler, ont largement veillé à atténuer. Si la presse écrite en a relayé un pan, les journaux télévisés sont bien évidemment restés toutes bouches cousues concernant le volet maçonnique de l’affaire. Nul besoin de s’en référer à une quelconque « théorie du complot » pour constater que les allégeances des protagonistes ne protégeaient pas simplement le réseau Strauss- Kahn : elles le structuraient. Le point d’ombre le plus préoccupant résidant certainement dans l’implication d’officiers de police aux immenses responsabilités (Jean-Claude Ménault, Jean-Christophe Lagarde, Denis Gumez ..), au sein de cette « ténébreuse affaire« , comme aurait dit Balzac.

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Le juge Jean-Paul Renard, membre de la GLNF, chargé des enquêtes sur la mort de Coluche et sur Omar Raddad,a été condamné pour violation du secret professionnel en 2006.

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L’implication d’un avocat pénaliste de haut vol (Riglaire) est elle aussi préoccupante, et pose la question de la nature des relations qu’entretiennent les milieux de la justice et du droit avec « les fils de la lumière ».  L’affaire du tribunal de Nice, révélée en 1999 par le procureur catholique Eric de Montgolfier, a jeté un pavé dans la mare de la magistrature. Il avait établi que le juge d’instruction Jean-Paul Renard, officiant au tribunal de Nice, avait couvert l’ancien maire de Cannes Michel Mouillot, son frère de la GLNF. Mouillot (qui passa devant les tribunaux en 2004 pour une affaire de financement occulte concernant notamment le … Carlton Club de Cannes), fut condamné en 2005 à 6 ans de prison ferme pour corruption, prise illégale d’intérêts, faux et usages de faux, abus de biens sociaux et emplois fictifs. Renard (l’onomastique a ses raisons …), qui avait assuré l’instruction des enquêtes sur la mort de Coluche (1986) et sur l’affaire Omar Raddad (1991), fut pour sa part poursuivi pour faux, usage de faux et violation du secret professionnel. Sa révocation fut demandée le 14 octobre 2004 devant le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Après avoir transmis des informations confidentielles à la GLNF, ce frère bien utile fut condamné à 5 000 modestes euros d’amende pour violation du secret professionnel, le 13 janvier 2006. 5 000 euros, c’est donc le prix dérisoire du secret de l’instruction. Une condamnation en forme de grâce …

Pour une affaire de collusion avérée, on est en droit de se demander combien d’affaires le Renard de Nice a-t-il pu fraternellement couvrir, et quel degré de gravité ont pu toucher les affaires potentielles ainsi probablement étouffées. Le frère Mouillot pour sa part, cumulant les casseroles depuis vingt ans, proclama en fin connaisseur que ces pratiques étaient courantes, et qu’elles contribuaient en grande partie au financement occulte des partis politiques français. Il est donc légitime de s’interroger sur la place des réseaux maçonniques dans les rouages de ce mécanisme si bien huilé. Les hauts gradés des loges se conçoivent bien (trop) souvent comme les gardiens des secrets de la République. Les policiers et les magistrats, pour leur part, en sont des gardiens à visages découverts et doivent le demeurer, sans se lier à des forces qui pourraient gravement nuire à leur mission première. C’est du moins l’opinion d’Eric de Montgolfier, qui demande le dévoilement des magistrats francs-maçons, pour leur propre bien, et pour l’hygiène générale de la justice sur le territoire de la République.

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Le général Raymond Germanos, membre de la GNLF, a été condamné en 2010 pour détention d’images pédocriminelles à …. 10 mois de prison avec sursis.

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Pour chasser la lumière qu’il n’aurait peut-être pas voulue pleine sur cette affaire, le « grand maître » Arcizet tenta dans son entretien avec La voix du Nord de braquer par une allusion qui se voulait subtile les projecteurs sur « les prêtres pédophiles dans l’Eglise ». Une tentative qui pourrait se retourner contre sa propre chapelle, pourvu que l’on s’interroge sur l’étendue des crimes sans châtiment que l’initiation de nombreux « frères » ayant par ailleurs des responsabilités au sein des corps constitués, de la magistrature et des forces de l’ordre permet de couvrir. Parfois, la vérité éclate.  Mais pour une affaire révélée, combien de destinées brisées par la certitude de ne jamais pouvoir obtenir que la justice soit rendue ? Prenons le cas du général Raymond Germanos par exemple, ancien directeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN), ancien directeur du service d’informations et de relations publiques des armées, ancien inspecteur du général des armées, conseiller « sécurité » (tiens, encore …) du président Camerounais Paul Byia et accessoirement … membre la GLNF. S’étant fait connaître lors des opérations de la première guerre du Golfe, il a été condamné par la justice le 14 avril 2010, après que 3000 images pédo-pornographiques mettant en scène des enfants de six mois à douze ans aient été découvertes sur une clé USB lui appartenant. Condamné, certes, mais à dix mois de prison avec sursis … Notons que l’article du Monde publié le jour de la condamnation omet savamment de préciser la nature des allégeances maçonniques du général. La nature du droit international aidant, il ne sera jamais inquiété concernant le sort réservé à ses éventuelles victimes Camerounaises.

Dans le procès de « l’affaire du Carlton », la justice n’a pas été moins clémente, puisque le roi de la fête a bénéficié d’une « relaxe pure et simple » en guise de réquisitions, tandis que tous les frères ont écopé d’un sursis assaisonné d’une amende plus ou moins épicée selon leurs revenus. Le tribunal a le sens de la répartition des richesses, puisque c’est naturellement pour les frères entrepreneurs Roquet et Paszowski que fut requise la plus grosse somme (20 000 euros pour chacun). La justice n’a pas jugé bon d’inquiéter le vénérable ancien membre du conseil de l’Ordre du GODF Vanlerberghe, dont l’Express juge qu’il a failli devenir « grand maître » de l’ordre en 1999. Voilà qui contrevient quelque peu aux propos de l’ancien « grand maître » Arcizet selon lesquels ces pratiques ne concerneraient que « 4 ou 5 imbéciles voire escrocs » bien éloignés de « la qualité des travaux qui sont faits dans les loges » …

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Les notables maçons de la métropole lilloise se retrouvaient régulièrement dans les maisons closes de leur ami commun, le proxénète Dominique Alderweireld.

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Déjà condamné deux fois par la justice française (1995, 1999), le proxénète Alderweireld est le seul contre lequel une peine de prison ferme est requise (1 an). Voilà qui lui apprendra à  détourner les frères du secret des loges pour les débaucher par celui des maisons closes … Des maisons dans lesquelles le « beau linge » de la métropole lilloise venait souiller la misère du monde, comme le révèle une « employée »  de « la Saumure » qui affirme que l’homme exploitait des mineures, des « gamines » de 15 ou 16 ans sans papiers. Jade, une de ces femmes ayant travaillé dans les caves du proxénète, a témoigné devant les juges. Elle a notamment évoqué un épisode particulièrement sordide dans lequel le frère Kojfer avait « commandé » des femmes pour « égayer » une soirée entre amis dans un restaurant italien. Une de ces jeunes filles « qui n’avait pas vingt ans » s’était mise à boire en grande quantité pour oublier la soirée. Jade témoigne que cette jeune fille s’étant rendu aux toilettes, les hommes l’y rejoignaient les uns après les autres. Ce n’est qu’en apercevant le serveur leur apporter des préservatifs qu’elle a compris pourquoi … Sonia, une autre femme convoquée à la barre, a rappelé que dans la prostitution, « il n’y a pas de bon côté ». Une chose évidente qu’il est nécessaire de redire, puisque les journalistes se sont complus à souligner le côté « truculent » des formules du proxénète. Le non-consentement de ces femmes concernant la nature des pratiques de l’ancien ministre de la république est un grief qui n’a pas été retenu par la justice. Jade pense désormais «aux autres femmes. Celles qui ont participé aux mêmes soirées, qui ont subi les mêmes choses, et qui n’ont pas témoigné. Leur silence doit être dur à porter ». On lui demande ce qui l’a « le plus marquée » dans cette audience, et elle répond : «La gentillesse des policiers, des pompiers, des inconnus, qui m’ont dit que j’avais du courage. J’ai eu plus de compassion de la part d’étrangers que de ces hommes que j’ai vus nus et qui n’ont eu aucun mot, aucun regard, aucune attitude qui aurait pu vouloir dire : je suis désolé. Jusqu’au bout, on a été du « matériel », un objet de jeu, un enjeu ». Selon le témoignage de Jade, Alderweireld « essayait » les filles qu’il exploitait avant de les soumettre aux clients. On s’arrêtera également à ce propos sur les pratiques du frère Riglaire, avocat poussant une cliente dans un procédure de gardes d’enfants à se prostituer pour rembourser ses frais de justice. C’est ce qui l’aurait amenée à subir « en larmes » une sodomie de messire Strauss Kahn. On est bien loin de la « balade coquine dans la France gauloise » évoquée sans le moindre respect des victimes par l’avocat médiatique Dupont Moretti …

Si l’on considère le peu de considération que ces frères manifestent à l’égard de la notion de dignité humaine, on est en droit de se demander ce qui serait advenu si l’ex-locataire de Washington avait « commandé » du « matériel » plus juvénile. La comparaison mal venue de l’ancien « grand maître » Arcizet entre la présente situation et celle des « prêtres pédophiles dans l’Eglise catholique » incite à reposer cette question du rapport entre certains réseaux « fraternels » et la chape de plomb pesant sur certains réseaux de pédocriminalité. Une question qui depuis plus de 15 ans désormais demeure en suspens.

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Image de prévisualisation YouTube

Viols d’enfants, la loi du silence, réalisé par Pascal Justice, Cécile Toulec et Stéphane Taponier, diffusé en 2000 sur France 3. Débat modéré par Elise Lucet, avec Martine Bouillon, Frédérique Bredin, Jean-Yves Leguennec et Georges Glatz.

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 Toutes loges confondues, on estime à près de 93 000 le nombre d’initiés sur le territoire national de la république française. Il ne s’agit aucunement d’assimiler ces 93 000 personnes à un réseau criminel de traffic d’êtres humains, bien au contraire. Il est probable qu’un certain nombre d’initiés soient rentrés en loge parce qu’ils croyaient sincèrement dans l’idéal « humaniste » et « progressiste » de la franc-maçonnerie. C’est au nom même de cet idéal, pourvu qu’ils soient honnêtes, sincères et dotés du sens élémentaire de la justice, que nous exhortons les maçons de bonne volonté à devenir des lanceurs d’alerte concernant les dérives des faux frères dont ils sont nécessairement les témoins au sein de leurs propres loges.

Un idéal qui malheureusement s’avère pour le moment fort lointain. Entre 1998 et 1999, l’essayiste et avocat Français Bernard Méry a publié deux ouvrages sur la gangrène de la corruption liée aux accointances maçonniques au sein de la justice française : Justice, Franc-maçonnerie, corruption, (Editions Spot, 1998), et Les nouveaux parrains (La liberté d’expression, 1999). Peu après leur parution, il fut radié de l’ordre des avocats français, avant d’être réintégré à la suite d’une action en justice. En raison de cette radiation abusive, l’ordre des avocats sera lui-même contraint par la justice à verser des réparations à Monsieur Méry. La Fnac a refusé la distribution de l’ouvrage Justice, Franc-maçonnerie, corruption au sein de son réseau commercial. Il y a des pressions que la justice ignore …

Galil Agar

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1) Responsable du service justice de la rédaction l’Express, François Koch est spécialiste de la franc-maçonnerie. Il tient un blog sur le sujet sur le site de l’Express: La lumière, le blog franc et maçon de l’Express. Il a participé à la rédaction d’un livre-entretien (Faut-il avoir peur des francs-maçons ?, Mordicus, 2013) en compagnie du très controversé Alain Bauer,  ancien grand maître du GODF (200-2003), ami intime de Manuel Valls et membre du conseil de l’institut « international » pour le contre-terrorisme (IICT) d’Herzlyia en Israël. Si nous n’en donnons pas les mêmes éclairages, les informations du présent article puisent pour beaucoup leurs sources factuelles dans l’article clair et synthétique de Monsieur Koch : Carlton de Lille: des filles et des francs-maçons, 18.12.2012.

 

 

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