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Pour en finir avec l’« antisémitisme »…

7 janvier 20155
Pour en finir avec l’« antisémitisme »… 4.95/5 73 votes

« Le Diable est dans les détails » Nietzsche

« Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat, un chien » Pierre Desproges

Quand elle veut faire définitivement taire un opposant, l’oligarchie, qui nous dirige bien plus qu’elle ne nous gouverne et se dévoue infiniment moins qu’elle ne se sert, possède l’arme ultime de dissuasion massive, la bombe H qui atomise toute critique, interdit tout débat, clôt toute discussion et éradique médiatiquement, socialement et parfois même professionnellement le malheureux qui en est – même à tort – affublé. Cette arme ultime tient en un seul mot : antisémite !

Ce simple vocable utilisé où et quand il faut (c’est-à-dire de nos jours à peu près dans toute discussion – sur à peu près n’importe quel sujet – qui vire peu ou prou à la polémique) permet de faire taire immédiatement et définitivement les voix dissidentes, et évite d’avoir à articuler le moindre début de commencement de réponse à toutes les questions et remarques qui gênent ou qui fâchent :

Vous n’adhérez pas à la doxa mondialiste ? Antisémite ! Vous contestez le règne de l’ultralibéralisme et du capital apatride ? Antisémite ! Vous estimez qu’il faut combattre la spéculation financière ? Antisémite ! Vous êtes contre l’impérialisme américain ? Antisémite ! Vous condamnez  la politique coloniale israélienne ? Antisémite ! L’affirmation que Tsahal est « l’armée la plus morale du monde » vous fait rire – très – jaune ? Antisémite ! Vous refusez le communautarisme version CRIF tout autant que le communautarisme version UOIF ? Antisémite ! Vous êtes scandalisé par l’allégeance obscène de la quasi-totalité de la classe politique française à ce même CRIF lors de son fameux dîner annuel ? Antisémite ! Vous êtes totalement éberlués lorsque vous apprenez l’existence d’organisations aussi sidérantes que l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF),  l’Union des Patrons et Professionnels Juifs de France (UPJF) l’Association des Pharmaciens Juifs de France (APJF), le Rassemblement des Avocats Juifs de France (RAJF) ou lAssociation des Médecins Israélites de France (AMIF), toutes associations bien plus foncièrement (et farouchement) pro-israéliennes que véritablement confessionnelles ? Antisémite ! Vous vous étonnez de la composition de l’oligarchie médiatico-artistique, souvent très visiblement communautaire et défiant tous les calculs de probabilités, car sans commune mesure avec le poids démographique réel de la-dite communauté (moins de 1% de la population française) ? Antisémite ! Vous vous désolez de la « sionisation » désormais obsessionnelle d’un Alain Finkielkraut ou d’une Elizabeth Lévy ? Antisémite ! Vous n’aimez pas BHL ? Antisémite ! Gad Elmaleh ne vous fait pas rire ? Antisémite ! Dieudonné oui ? Antisémite ! La fausse générosité sirupeuse d’Enrico Macias ou la vraie crétinerie prétentieuse de Patrick Bruel vous gonflent ? Antisémite ! L’inoxydable présence médiatique de Michel Drucker ou Jean-Pierre Elkabbach vous agace ? Antisémite ! Vous trouvez que Woody Allen ou Steven Spielberg sont malheureusement nettement moins inspirés qu’avant ? Antisémite ! Vous n’aimez pas le Keiss Kuchen (1) ? Antisémite ! Et la liste est loin, très loin d’être exhaustive…

« Antisémite ! » qu’ils nous disent donc, ou plutôt nous crachent à la figure, avec un insondable et définitif mépris forcément de circonstance. Et l’insulte suprême de passer comme une lettre à la poste sur tous les plateaux de télé, dans tous les studios de radio, dans toutes les colonnes des journaux de France et de Navarre, de devenir une « cause nationale » présidentielle et gouvernementale (merde, quand même !) sans que jamais personne ne questionne le sens de ce mot si commode et si abondamment utilisé par nos chères élites bienpensantes.

Car en fait, c’est quoi, un antisémite ? Quelle est donc la définition que nous en donne le dictionnaire Larousse ? Je cite, ouvrez les guillemets : Antisémite : « Hostile aux juifs ». Et le dictionnaire de l’Académie Française ? Je cite encore : « Qui fait preuve d’antisémitisme, qui est hostile aux Juifs ».

C’est tout ? Point final ? Evidemment c’est une solution… mais … « Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme… » (2). Car il faut bien l’écrire, ces définitions on ne peut plus succinctes posent sérieusement problème, et nous en disent en passant sacrément long sur la confusion pour ne pas dire la duplicité de l’époque qui est la nôtre.

Le terme antisémitisme est apparu très récemment dans la langue française : vers la fin du 19ème siècle. Il prétendait dans son acception d’origine et comme son étymologie l’indique très clairement, qualifier une forme de racisme dirigée contre les peuples sémites, regroupés en tant que tels sur une base de critères linguistiques et géographiques. Et c’est là que le bât blesse, et pas qu’un peu mon n’veu !

Antisémite ? Sémite ? Ce n’est pas celui qui le dit qui l’est !

Car 90% au moins des juifs en ce début de 21ème siècle… ne sont précisément pas plus des sémites que nous ne sommes vous et moi (moi en tout cas) Inuits ou Sénégalais !

Il suffit d’ailleurs de regarder autour de nous pour le constater : que ceux qui désireraient par exemple prouver dans ces colonnes que BHL, Elisabeth Lévy, Yves Calvi, Jacques Weber, Daniella Lombroso, Benjamin Netanyahu, Judy Garland, Natalie Portman ou Woody Allen ont un type sémite, ne se privent pas de se signaler à l’auteur de ces lignes. Il se fera un sacré plaisir de faire toute la publicité qu’elle mérite à leur démonstration !

La grande majorité des Juifs à travers le monde sont en effet ashkénazes, c’est-à-dire des Juifs descendants d’Européens de l’est, ou pour partie d’Italie et d’autres populations indigènes d’Europe, qui se sont converties au judaïsme. Plusieurs spécialistes affirment même que les juifs ashkénazes proviennent très majoritairement d’un phénomène de conversion massive qui a eu lieu dans l’empire Khazar, un peuple du Nord du Caucase, après que sa classe dirigeante s’était elle-même convertie à la religion juive, entre le 9ème et le 10ème siècle. En résumé, et n’en déplaise à tous les sionistes zélés qui ont toujours mis en avant un prétendu « droit du peuple juif » à retourner sur la « terre de ses ancêtres », il n’y a pas plus de sang sémite dans les veines de la quasi totalité des Juifs qu’il n’y avait de cheveux sur la tête de Yul Brunner !

D’ailleurs, la base linguistique étant comme on l’a dit plus haut la preuve la plus incontestable pour attester des origines sémites d’un peuple ou d’une communauté, il suffit de rappeler que la langue des communautés juives ashkénazes, depuis le Moyen Age, a toujours été le yiddish et non l’hébreu. Le yiddish, langue germanique dérivée du haut allemand (avec quelques apports de vocabulaire hébreu et slave). Le yiddish qui était encore parlé par les deux tiers des Juifs du monde à la veille de la seconde guerre mondiale. Quant à l’hébreu moderne, réinventé à l’époque des Lumières et dans le sillage de la Haskalah (3), il s’est presque exclusivement répandu dans la communauté juive au 20ème siècle, notamment après la création de l’Etat d’Israël, et n’a par ailleurs plus grand-chose à voir avec l’hébreu des origines, authentiquement sémite, lui.

Du coup, taxer d’antisémitisme ceux qui détestent (ou détesteraient) les Juifs devient à peu près aussi pertinent que de traiter d’homophobes ceux qui n’aiment pas les lévriers afghans ou d’antispécistes ceux qui détestent le gratin de courgettes.

Mais en ridicule comme en obscénité, en malhonnêteté comme en beaucoup d’autres matières, il est très rare de s’arrêter en chemin quand on a commencé aussi fort, et c’est là qu’on atteint au surréaliste dans la bouffonnerie sémantique : car de tous les très méchants « antisémites » dénoncés, mis au pilori par nos chères ligues de vertu autoproclamées, les arabes constituent de très, très loin, les plus gros bataillons. Arabes dont la nature sémite, elle, ne souffre cette fois pas la moindre contestation !

Accuser un arabe d’antisémitisme revient donc très exactement à le taxer de masochisme. Certes, je vous l’accorde, il doit exister des arabes masochistes… mais je doute, à l’instar des poissons volants dans la population piscicole, qu’ils constituent la majorité du genre ! Remarquez bien que cette absurdité sémantique ne saurait en aucune façon fermer le clapet de nos chers bienpensants, les mêmes n’hésitant pas dans le même mouvement à traiter les juifs pas assez communautaristes ou trop ouvertement critiques de la politique israélienne, comme Rony Brauman, Jacob Cohen, Gilad Atzmon ou très récemment Eric Zemmour (suite à son évocation de la France de Vichy dans Le suicide français) de « juifs antisémites ». Si, si… il y a longtemps que le ridicule ne tue plus personne, dans l’ancien Royaume de France comme dans celui – tout nouveau – de David 2.0.

Le bien-fondé de l’accusation d’antisémitisme « éparpillée façon puzzle » (4), comment alors qualifier ceux qui (vraiment) n’aimeraient pas ou même, allons-y carrément, détesteraient les juifs ? L’intellectuel et sociologue Pierre-André Taguieff a bien un temps lancé le concept de « nouvelle judéophobie » (5)… mais celui-ci, bien que plus juste sur le fond (la cible), n’est guère plus satisfaisant sur la forme (le sentiment). En effet, la phobie étant par définition une frayeur, une crainte ou plus encore une peur démesurée, qualifier de judéophobe celui qui développerait une « haine des juifs » est plus qu’approximatif. J’ai personnellement déjà rencontré des gens qui développaient une vraie antipathie envers les Juifs (et rappelons au passage comme le disait si justement Léopold Sédar Senghor que « les racistes sont des gens qui se trompent de colère »), mais jamais quelqu’un qui en avait une « peur démesurée ». Agoraphobie ou acrophobie, oui. Homophobie ou judéophobie, non.

Certains historiens plus subtils et honnêtes que les autres tels Jules Isaac (antisémite ?) insistèrent en leur temps pour parler d’antijudaïsme plutôt que d’antisémitisme. Mais même ce terme, nettement plus factuel et moins dégoulinant de « moraline », paraît en réalité peu adéquat pour qualifier la réalité du sentiment généralement constaté et/ou dénoncé. Comme est peu satisfaisant, parce que nettement plus spécifique et foncièrement politique le qualificatif d’« antisioniste » (qui est lui aussi d’ailleurs habillé d’infamie par nos ayatollahs du politiquement correct). Antisionisme qui ne devrait en vérité et en ce qu’il est donc politique – et n’en déplaise à Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy cités plus haut et que votre serviteur a naguère lus et appréciés avant de les laisser avec consternation à leur récent naufrage intellectuel dans le délire communautaire – pas plus justifier l’anathème que l’anticommunisme, l’antinationalisme, l’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme.

En réalité, le véritable sentiment que ressent l’immense majorité des gens excommuniés médiatiquement, quand ils ne sont pas éradiqués socialement et professionnellement n’est pas ce grotesque, cet irrationnel antisémitisme systématiquement mis en avant par nos Torquemada de la pensée autorisée. Pas plus qu’il n’est la judéophobie de Taguieff, l’antijudaïsme d’Isaac, ou l’antisionisme des pro-Palestiniens.

Non, le vrai sentiment, celui qui lui existe bel et bien, qui se répand et ne cessera de prendre de la vigueur si les choses continuent ainsi de dériver ouvertement vers la censure et le deux poids deux mesures, avec un risque (bien réel lui aussi) de déraper vers cette colère évoquée par Senghor que nous devons tous craindre comme la peste et que La Plume évoquait déjà dans un précédent article à propos de l’« affaire Dieudonné », le vrai sentiment des français, quelles que soient leurs origines, est un profond agacement devant ce communautarisme judéocentré éhonté, ce favoritisme évident, ce sectarisme flagrant, cette mauvaise foi aveuglante.

Les Français, filles et fils d’un vieux pays pas encore tout à fait orphelin de son histoire, ont été élevés dans la détestation de tous les communautarismes. Qu’ils se reconnaissent dans les « valeurs » issues de la Révolution française ou soient plutôt nostalgiques de l’ancien régime, ils ont tous été profondément marqués par la devise de la République, jadis gravée sur tous les bâtiments publics : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Ils souscrivent dans leur écrasante majorité à l’article Premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ils approuvent son article Six : « … Tous les citoyens […] sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». Comme son article Dix : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Ou Onze : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Et quand, pour tordre cette liberté fondamentale qu’est la liberté d’expression, ceux qui ont le pouvoir ou plus encore ceux qui sont leurs donneurs d’ordres inventent des lois liberticides comme la Loi Fabius-Gayssot ou la Loi Taubira, interdisent des spectacles d’humoriste ou insultent puis censurent tous leurs contradicteurs, ces même Français finissent tôt ou tard par se mettre en colère. Et de la colère muette à la colère sourde, il n’y a qu’un pas, comme il n’y en a qu’un entre le bras d’honneur ou la quenelle et le coup de pied au cul.

Nos perpétuels donneurs de leçons et adeptes zélés des ciseaux de la censure médiatique devraient prudemment s’en souvenir. Comme ils devraient se souvenir, en 1789 et à l’occasion de la discussion sur l’abolition des privilèges, du discours du Comte de Clermont-Tonnerre déclarant à la tribune de l’Assemblée : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation et tout accorder aux juifs comme individus ». Car tout le génie français, tout l’universalisme de notre beau pays est là.

Antisémitisme, judéophobie, antijudaïsme, antisionisme… oui, décidemment le diable est bien dans les détails. Mais la vérité aussi. Point ! Final ?

 

Marc LEROY – La Plume à Gratter

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1) Gâteau au fromage blanc d’origine juive ashkénaze.

2) Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand.

3) Mouvement de pensée juif du 18ème siècle, fortement influencé par le courant des Lumières.

4) Michel Audiard, dans la bouche de Bernard Blier, Les tontons flingueurs.

5) La Nouvelle Judéophobie, éditions des Mille et une Nuits, 2002.

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5 Responses to Pour en finir avec l’« antisémitisme »…

  1. Christophe le 9 mars 2016 à 19 h 52 min

    Suis-je antisémite ? ! … C’est une putain de bonne question !

    Si j’en crois la définition : « Hostile aux juifs et au judaïsme » Je dois constater que si je ne suis en rien hostile aux juifs en tant qu’individus, et qu’il ne peut y avoir de discrimination raciale avec des gens qui partagent à peu près la même souche biologique que moi (la condition sine qua non d’un « racisme idéologique» étant l’adhésion à une quelconque théorie « d’inégalité des races » et à un suprémacisme quel qu’il soit, toutes choses que je réprouve !).

    En revanche, je vois mal comment je pourrais valider une idéologie : « le judaïsme », qui me considère comme un sous-homme, indigne et impur (un untermensch). Qui définit par son Talmud les droits que le peuple élu a sur moi et tous mes frères goys, et dont le projet eschatologique revendique l’intégralité des biens des goys et me destine au servage (esclavage) pour être « le vigneron et le laboureur du juifs ».

    Le judaïsme est bien une idéologie raciste, suprémaciste, hégémonique et qui fait l’apologie de l’esclavage !

    En conclusion : Je suis évidemment hostile à une telle idéologie … je suis donc « antisémite » ! Même si l’étymologie en est bien mal choisie.

    • marc le 10 mars 2016 à 16 h 00 min

      Le judaïsme talmudique, dont se revendique et se glorifie par exemple un BHL, me semble en effet être la religion que vous décrivez : il suffit d’en lire nombre de passages pour tirer le même constat désolé et désolant que vous…

      Amitiés

      • Christophe le 16 mars 2016 à 8 h 44 min

        Bonjour Marc

        Ce qui est désolant, c’est qu’aujourd’hui, porter un jugement de valeur sur cette idéologie, sans aucun recours à des considérations racistes ; mais uniquement sur une critique morale et philosophique, est un acte délictuel ! ?

        Vous pouvez vous lâcher autant qu’il vous plaira sur l’islam ou le christianisme, mais pas critiquer le judaïsme ou le sionisme sous peine de poursuites !

        Quand il vous est interdit de critiquer un régime politique notamment, est-on toujours dans une démocratie ? !

        Amitiés Christophe

  2. Mayhem le 15 janvier 2015 à 15 h 42 min

    Je m’incline devant une telle force d’honnêteté, de courage et de qualité d’écriture!
    Tout semble dit sur la question.
    Bravo.

  3. Bluebair2.0 le 7 janvier 2015 à 6 h 43 min

    En Amérique on dit: « God is in the details ». Etrange…
    Bravo en tous cas pour cet article bouleversant, généreux, et quasiment héroïque par les temps qui courent… « A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire » George Orwell.
    Merci et bon courage.

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