Europe

Un nationaliste à Belgrade – De Serbie, les médias, une fois de plus, n’avaient rien vu venir

23 mai 20120
Un nationaliste à Belgrade – De Serbie, les médias, une fois de plus, n’avaient rien vu venir 5.00/5 1 votes

Publié le : 22 mai 2012

Source : metamag.fr

C’est une défaite pour l’Europe de Bruxelles. Le candidat de la prétendue « communauté internationale» qui a fait la guerre à la Serbie a perdu la présidentielle. Cet échec n’avait pas été envisagé, surtout pas par nos médias, même si, comme nous l’avions écrit, le vote du premier tour mettait le candidat nationaliste en bonne position, avec un report des ultra-nationalistes et surtout des partisans du parti socialiste de l’ancien président Milosevic, malgré des consignes contraires.

Au premier tour, Boris Tadic, candidat adoubé, était sorti en tête, avec 26,7% des voix contre 25,5% à Tomislav Nikolic et, depuis, le président sortant a pu compter sur le ralliement des socialistes de l’ancien président Slobodan Milosevic, qui devraient conclure un accord de coalition avec DS (Parti Démocratique de Boris Taric) à la suite des législatives. Pour les observateurs, c’était donc joué. Voilà ce que l’on pouvait lire le jour du vote sur Figaro.fr : « Avec près de 58% des voix, selon le dernier sondage réalisé avant le scrutin, Boris Tadic devait être confortablement réélu dimanche à la présidence serbe, face au nationaliste Tomislav Nikolic. Fort de ses soutiens sur la scène internationale »… etc. Ce magnifique article n’est plus accessible, comme par hasard, sur Internet. Bien vu, cher confrère… Il n’était pas le seul.

Un vote de fierté nationale contre une stratégie de repentance et de livraison-marchandage

Ce vote n’est pas, cependant, un vote contre le rapprochement de Belgrade avec l’Union européenne et même pas, véritablement, un vote de défiance vis-à-vis de la crise actuelle de la dette et de l’euro, qui rend cette communauté bien moins attrayante pour les candidats. C’est une sanction de la méthode. C’est un vote de fierté nationale contre une stratégie de repentance nationale et de la livraison-marchandage des anciens combattants des guerres post-yougoslaves, traités comme des bourreaux, mais considérés encore comme des héros par nombre de leurs compatriotes ; à tort ou à raison, là n’est pas le problème. La Serbie a voté pour une voie européenne, mais sans humiliation.

Tomislav Nikolic a obtenu 49,4% des voix, contre 47,4% pour Boris Tadic. Pro-européen fervent, ce dernier (54 ans) a conduit la Serbie, isolée politiquement et économiquement dans les années 1990, au seuil de l’UE. Il a affirmé qu’un éventuel abandon du chemin européen représenterait « une erreur tragique », ajoutant : « En tant qu’ancien président de la Serbie, si mes propos sont encore entendus, j’exhorte au maintien de la stratégie menant vers l’UE ».

Tomislav Nikolic a immédiatement tenu à rassurer sur l’option européenne de son pays. « La Serbie maintiendra sa voie européenne (…) Ce scrutin n’a pas porté sur qui conduira la Serbie vers l’UE mais sur qui réglera les problèmes économiques créés par le Parti démocratique » (DS de M. Tadic). « La Serbie doit développer son économie et doit enrayer la pauvreté. Nous devons commencer à œuvrer pour nous débarrasser de la corruption », a poursuivi Tomislav Nikolic, ancien allié de l’ex-homme fort de Serbie, Slobodan Milosevic.

L’ombre de Milosevic a plané

La Serbie s’est vu octroyer, en mars, le statut de candidat à l’intégration dans l’UE et attend d’obtenir une date pour le début des négociations. Pour ce faire, Boris Tadic avait livré au Tribunal pénal international les anciens dirigeants politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, inculpés de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il paye le prix de ce comportement. Il avait également amélioré les relations de Belgrade avec le Kosovo, comme le réclame Bruxelles, sans toutefois reconnaître l’indépendance proclamée en 2008 par la majorité albanaise de ce territoire. Il paye le prix de ce comportement.

L’abstention des anciens électeurs de Milosevic refusant l’alignement n’est pas la seule cause de la défaite des « démocrates ». Les accusations de « fraude électorale » formulées entre les deux tours et le rappel de la question du Kosovo, qui avait quelque peu disparu, ont porté leurs fruits. S’y ajoute un discours très centré sur des valeurs morales (« l’intégrité », la « dignité » et le « patriotisme ») qui a fait mouche. Vouloir rejoindre l’UE dans son état actuel ne suffit pas comme programme.

Tomislav Nikolic, qui avait perdu, de peu, les deux précédents scrutins présidentiels face à Boris Tadic, dit vouloir une Serbie « à la fois dans l’Ouest et l’Est ». Le vote a donc été bien accueilli à Moscou et à Athènes. En même temps que le premier tour de la présidentielle, le 6 mai, se tenaient des élections législatives et municipales mais les scrutins n’ont pas permis de départager le camp des pro-européens et celui des nationalistes, tandis que le Parti socialiste serbe (SPS), fondé par Slobodan Milosevic, s’est retrouvé en position d’arbitre.

C’est un vote européen contre la repentance et la soumission pour obtenir l’entrée dans un ensemble en crise et pour résoudre des difficultés internes imputées au pouvoir sortant. C’est aussi un vote populiste qui aura des répercussions comme d’autres dans toute l’Europe. Même si le rêve, de certains Grecs, d’une communauté orthodoxe hors de l’UE, avec Moscou et Belgrade paraît tout de même peu réaliste.

Jean Bonnevey

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