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Billet d’un sans coeur – Par Jacques Etienne

17 février 20130
Billet d’un sans coeur – Par Jacques Etienne 5.00/5 2 votes

Publié le : 15 février 2013

Source : je280950-vudescollines.blogspot.fr

Un homme s’est immolé par le feu à Nantes devant « son » agence de Pôle Emploi. Il avait des problèmes. Qu’il devait penser insurmontables. Soit.

Il faut croire que la vie lui était devenue insupportable. Soit.

Mais à quoi bon faire une sortie spectaculaire ? Complexe d’Erostrate ?

En France, chaque jour, pour une raison ou pour une autre, 28 personnes se donnent la mort. La plupart  le font calmement dans leur coin. Ils prennent une corde, des médocs, se jettent sous un train ou d’un point élevé. C’est triste mais banal. Bien plus banal que de gagner des millions au loto. C’est pourquoi ça fait moins de bruit. Même les âmes les plus sensibles n’en font pas un fromage.

Pour devenir intéressant, dans une société de spectacle, un suicidaire doit se montrer original.

Nous vivons « une crise sans précédent ».  La moindre des choses est qu’elle entraîne des réactions inouïes. L’immolation par le feu, bien que courante chez le bonze, satisfait, par son con côté inhabituel un  peuple avide de sensations fortes.  Il y réagit. Ça le bouleversifie.  Chacun peut se dire que, vues les circonstances, ce malheureux imbibé d’essence et armé d’un briquet ou d’allumettes pourrait bien être lui. Tu parles ! On pleure dans les pavillons et les HLM, faute de chaumières devenues hors de prix.

Face à un tel drame, le ou la ministre compétent se déplace ou prononce quelques mots émus. Les administrations concernées  jurent leur grands dieux qu’elles ont tout fait pour venir en aide au désespéré. C’est tout juste si ces bienveillants fonctionnaires ne finissent par apparaître plus à plaindre que le cramé.

Et les 27 autres ? C’étaient des guignols ? Ils se pendaient, s’empoisonnaient, se faisaient déchiqueter par les boggies  ou s’aplatissaient façon crêpe juste histoire de passer le temps ?

Le désespoir ne s’explique pas. Rien ne le justifie ni n’en réfute les causes. C’est personnel. Quand la vie fait plus peur que la mort, le suicide devient consolation. Vouloir lui donner un sens, en faire un acte ultime de revendication relève du paradoxe. Ça s’apparente à une sorte d’espoir : « si j‘éveille  les consciences, mon acte n’aura pas été vain »…  …ce genre de choses.

Il faut cependant se dire une chose : dès demain,  un autre événement  viendra distraire. L’immolé sera oublié. Ses cendres seront froides, ses braises éteintes par les larmes des crocodiles.

Qu’il repose en paix, pauvre homme

Jacques Etienne

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